
Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon – Lyon : bureau des actes judiciaires près du tribunal de commerce et des domaines, tribunal de simple police, justices de paix, conseil des Prud’hommes (1838-1858) – Registres des actes sous seing privé vol. 5 du 26 janvier au 6 septembre 1843 – cote 3 Q 23/5
Le 1er février 1843, Pierre Vollaire, papetier libraire à la Croix-Rousse, signe un acte sous seing privé, c’est-à-dire sans la présence d’un notaire, avec Claude Louis, propriétaire d’une maison au n°9 de la place (actuellement notre n°17). Dans ce bail, Pierre Vollaire prend en location deux appartements au rez-de-chaussée, « l’un […] sur le devant, l’autre […] sur le derrière », ainsi qu’une cave. Le bail est signé pour une durée de 9 ans, le loyer est fixé à 450 francs par an et il débutera au 24 juin, jour de la Saint-Jean.
C’est donc à partir de cette date que Pierre Vollaire installe sa librairie dans le local où nous sommes actuellement. Il s’était établi en 1841 au n°14 de la place (cela correspond au n°10 aujourd’hui). Puis, il effectue ce déménagement au n°9 en juin 1843. Pourquoi ? Est-ce pour pouvoir s’agrandir ? Est-ce parce que le propriétaire rompt le bail ? Pour le moment, nous n’en savons rien.

D’après une annonce postée dans le premier numéro de « L’écho de la Fabrique de 1841 », Vollaire proposait à la vente des livres de piété, d’éducation et des livrets d’ouvrier. Il y avait aussi de la papeterie et des fournitures de bureau ainsi que des cartons pour les métiers à tisser. En plus d’être une librairie, c’était également un cabinet de lecture. C’est ainsi que son commerce est désigné dans les recensements fiscaux de la commune de la Croix-Rousse entre 1841 et 1844. D’ailleurs, dans cette même annonce, on apprend que l’on peut s’abonner à la lecture de livres et de journaux (il faut compter 10 centimes la séance ou 5 centimes le journal).
Qu’était donc un cabinet de lecture ? Né au début du XVIIIe siècle, les cabinets de lecture étaient des boutiques proposant, à tout un chacun et pour une somme modique, la possibilité de lire sur place des journaux, brochures et autres feuilles publiques ainsi que des livres récents ou plus anciens. Ils furent très en vogue lors de la Restauration et sous la monarchie de Juillet avant de commencer à décliner à partir de 1850 lorsque le prix des livres devint plus accessible et que la presse se développa. Très souvent attenants à une librairie, ils faisaient office de bibliothèques publiques car celles-ci n’étaient pas très développées durant cette période.

Ces cabinets de lecture participaient donc à la diffusion de la littérature et des idées dans les grands centres urbains. Ils avaient, semble-t-il, une influence assez notable si bien que l’État les surveillait de près. Ainsi, comme les imprimeurs et les libraires, les tenanciers de cabinets de lecture étaient soumis à l’obtention d’un brevet d’exercice accordé par le ministère de l’intérieur. Pierre Vollaire avait donc dû en faire la demande et le brevet lui avait été accordé.
Mais qui était-il, ce Pierre Vollaire ? D’où venait-il ? C’est ce que nous verrons dans un prochain article.
Sources :
Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon : 3 Q23/5
Archives municipales de Lyon : 3 WP 036, 3 WP 037, 3 WP 038, 3 WP 041
Numelyon : L’Echo de la Fabrique de 1841, n°1, Lyon, 15 septembre 1841
Cabinet de lecture, article de Wikipedia [consultable en ligne]
R. Chartier, « Les cabinets de lecture » in R. Chartier, Lectures et lecteurs dans la France d’Ancien Régime, Promodis, 1982 [consultable en ligne]
L. Mabmacien, Un livre provenant de la bibliothèque Ollier : un cabinet de lecture du XXe siècle, article du blog BiblioMab [consultable en ligne]